EDITO JUIN 2010

portrait.jpgLe regard de l’humanité sur la planète s’est mis à changer lorsque des photographies ont révélé pour la première fois la Terre vue de l’espace, sous la forme d’une sphère bleue, objectivant ainsi son caractère circonscrit. Limité est le globe terrestre et limitées en sont les ressources. Le pétrole et les minerais y sont présents en quantités épuisables, inégalement réparties selon les pays et les hasards de la géologie. En prévision de la raréfaction des sources d’énergie fossile et pour rompre avec la dépendance énergétique, il est de bon ton aujourd’hui de se lancer dans les filières dites alternatives, comme l’éolien ou les voitures électriques.

Seulement voilà, la fabrication de batteries automobiles performantes requiert l’utilisation de lithium dont les principaux gisements se situent en Amérique du Sud. Est-il judicieux de remplacer la dépendance aux énergies fossiles par une autre dépendance aux matières premières ? Il suffit qu’un des principaux producteurs mette l’embargo sur ses matières premières pour mettre en péril l’économie des pays importateurs. Par ailleurs, les aimants compacts nécessaires aux aérogénérateurs, aux moteurs électriques ou aux micros des téléphones sont réalisés à partir d’alliages comportant des métaux dits de transition et des « terres rares », ces obscurs lanthanides, mauvais élèves rangés tous seuls au fond de la classification de Mendeleïev. On a qualifié ces minéraux de « rares » car on les trouve rarement à l’état pur dans la nature. Aujourd’hui, la Chine, qui en assure à elle seule plus de 95% de la production mondiale, a décidé unilatéralement d’en réduire ses exportations, remettant ainsi en cause pour un temps les projets industriels comportant l’usage de ces fameux aimants : Toyota même serait prête à acheter des « terres rares » au marché noir pour pouvoir continuer de fabriquer les moteurs de Prius !

Ces exemples montrent bien qu’introduire sans cesse de nouveaux ingrédients dans notre modèle actuel de développement ne résoudra pas les problèmes d’épuisement ou de dépendance qu’il génère mais qu’il est nécessaire et vital d’inventer un nouveau modèle qui intègre la finitude de nos ressources et les limites de notre petite planète.

Jean DEY


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edito.txt · Dernière modification: 2010/06/03 04:03 par sylvie